60 ans après la Nakba, 60 ans d’exil : les réfugiés palestiniens
Allocution AFCGK à la réunion publique du 24 juin 2008Il y a 60 ans, à partir des premiers mois de l'année 1948, la Palestine
fut le théâtre d'une des plus grandes injustices du siècle : le départ forcé
de toute sa population arabe vers les chemins de l'exil.
Cet évènement aurait pu tomber dans les oubliettes de l'Histoire si
seulement ce peuple, le peuple palestinien n'était pas maintenu encore
aujourd'hui dans la même situation, condamné à l'exil, en danger
permanent, en lutte continuellement.
60 ans, c'est un bien triste anniversaire, mais c'est justement parce que le
temps passe, que la situation semble venir du passé et qu'elle nous est
présentée comme complexe que nous avons tenu ce soir à exposer les
faits, les origines et les conséquences de ce qui s'est passé en 1948, et de
défendre le droit au retour des 5 millions de réfugiés palestiniens.
Notre association, « Les Amis de la Fondation Culturelle Ghassan
Kanafani » a voulu, à travers cette réunion publique, commémorer les 60
ans de ce que les Palestiniens appellent la « Nakba », c'est-à-dire la
« catastrophe ». L'expulsion des Palestiniens de la Palestine, le nettoyage
ethnique dont ils ont été victimes constitue une injustice historique
fondamentale. Elle est le résultat d'une politique coloniale et raciste qui
se nomme « sionisme », une politique appuyée et encouragée par les
puissances impérialistes, et ce dès le début du XXe siècle. Il nous semble
utile pour bien comprendre les enjeux du droit au retour des réfugiés
palestiniens de revenir sur l'histoire de cette colonisation brutale qui se
poursuit encore aujourd'hui.
Le sionisme nous l'avons dit, est l'ennemi principal du peuple
palestinien. Au départ simple idéologie, il s'est structuré en un puissant
mouvement politique imposant la colonisation juive en Palestine, et ce
jusqu'à la spoliation programmée et organisée qui donne naissance à
l'Entité qu'on appelle aujourd'hui « Israël ».
Sous l'Empire ottoman turc, la Palestine est une partie de la province
administrative de Syrie. Y vivent des Palestiniens musulmans, chrétiens
et juifs sans aucune tension religieuse. Les ottomans maintiennent leur
domination sur la Palestine durant 400 ans, de 1517 à 1917. Alliés à
l'Allemagne durant la première guerre mondiale, ils sont vaincus par les
britanniques et le soulèvement des peuples arabes à qui on a promis
l'indépendance. Malgré les promesses, les britanniques s'implantèrent
durablement en Palestine à travers le Mandat colonial, un projet de
longue date en collaboration avec le mouvement sioniste.
Vingt ans auparavant, en 1897 à Bâle, en Suisse, Theodor Herzl,
fondateur du sionisme, posait les bases de son projet : « la création d'un
foyer juif en Palestine ». Durant ces vingt ans, il n'eut de cesse que de
convaincre les grandes puissances impérialistes de soutenir ce projet
colonial avec des arguments, on ne peut plus clairs.
Ainsi Haim Weizmann, président de l'organisation sioniste mondiale,
déclara : « Nous pouvons raisonnablement dire que si la Palestine devait
tomber dans la sphère d'influence britannique, et si l'Angleterre devait
encourager les installations de juifs là-bas, comme dépendance de l'Angleterre,
nous pourrions avoir en 20 ou 30 ans un million de juifs sur place, peut-être
plus ; ils développeraient le pays, y ramèneraient la civilisation et
représenteraient une protection efficace du canal de Suez. »
Peu importe les Palestiniens, les britanniques appuient le projet sioniste
en faisant jouer leurs intérêts coloniaux et racistes.
Le même Haim Weizmann expliqua que « les Britanniques nous ont
répondu qu'il y a là-bas quelques centaines de milliers de nègres (kushim en
hébreu) et qu'ils ne comptent pas».
L'appui direct au projet sioniste intervient à travers la déclaration de
Lord Balfour : « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement
l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera
tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif. »
On pourrait même s'avancer à dire que la vraie année de la
« catastrophe » est 1920 avec l'établissement du Mandat colonial
britannique sur la Palestine, car les termes du Mandat sont aussi, sinon
plus clairs que ceux de la déclaration Balfour : « Le mandataire assumera la
responsabilité d'instituer dans le pays une situation politique, administrative et
économique de nature à assurer l'établissement du foyer national pour le peuple
juif (art.2).»
Les britanniques vont ainsi faciliter les arrivées massives de colons juifs
en Palestine. De 56 000 en 1918, la population juive de Palestine passe à
174 000 en 1931, 528 000 en 1944, 700 000 en 1948.
Le Mandat britannique va assurer aux sionistes le contrôle de toute
l'économie palestinienne, 90% des concessions économiques furent
accordées aux capitaux juifs (les ports, l'électricité, les minerais de la Mer
Morte, les routes). En 1932, les sionistes contrôlaient 872 des 1 212
entreprises industrielles, les importations n'étaient pas taxées pour ces
entreprises. Par ailleurs, le rachat des terres aux propriétaires terriens
féodaux vivant à Damas et Beyrouth se conçoit avec l'expulsion des
familles vivant sur ces terres. La société agricole palestinienne est
complètement déstructurée. Pour finir, le Mandat britannique appuie ce
qu'on appelle le « travail juif ». C'est le monopole de l'embauche de la
seule main-d'oeuvre ouvrière juive au détriment des ouvriers
palestiniens qui sont poussés à un chômage de masse.
Ben Gourion, futur président d'Israël, déclare en 1936 : « Si nous voulons
le retour des hébreux à 100%, alors nous devons avoir une colonie 100%
hébraïque, une ferme 100% hébraïque, et un port 100% hébraïque. » ou encore
Ussishkin, responsable de l'Agence juive, : « Nous devons constamment
réclamer que notre terre nous soit rendue. S'il s'y trouve d'autres habitants, ils
doivent être transférés ailleurs. Nous devons prendre la terre. Notre idéal est
plus grand et plus noble que la protection de plusieurs centaines de milliers de
paysans arabes. »
Reste la puissance militaire. Elle est toute aux mains des Britanniques.
Les sionistes vont acquérir une force militaire en aidant les Britanniques
à écraser la révolution palestinienne de 1936-39. Durant trois ans, les
Palestiniens vont organiser des grèves et des actions de guérilla contre
les Britanniques et la colonisation sioniste et finalement être écrasés par
la répression combinée des deux forces occupantes. Les forces
paramilitaires sionistes sont armées et encadrées par l'armée britannique
pour servir comme forces supplétives dans la répression. Les 20 000
Britanniques envoyés en Palestine ne reprirent le contrôle de la situation
que grâce aux 15 000 sionistes organisés dans la Haganah et l'Irgun.
Sans rentrer dans le détail de cette révolution nous vous invitons par
ailleurs à lire le texte de Ghassan Kanafani sur cette question, que nous
avons traduit et mis à disposition sur notre site.
La peur créée par les masses ouvrières et paysannes arabes lors de la
révolution de 1936-39 va exacerber les prétentions sionistes à expulser les
Palestiniens de leurs terres. Le génocide des juifs d'Europe par les
fascistes hitlériens va constituer un choc dans le monde entier dont les
sionistes vont se servir à leurs fins.
Nous tenons ici dans l'exposé à faire deux remarques :
La première est de constater que les Palestiniens et les arabes en général
n'ont jamais commis de massacres à grande échelle contre les juifs et à
fortiori ne sont aucunement responsable du génocide des juifs d'Europe
par les nazis.
La seconde est de constater que durant toute la période de
l'extermination des juifs dans les camps d'extermination, les sionistes se
sont désintéressés du sort de leurs coreligionnaires pour la simple et
bonne raison que la grande majorité d'entre eux n'étaient pas sionistes et
ne désiraient pas aller s'installer en Palestine.
C'est « l'accueil » des populations européennes aux rescapés des camps
qui a eu pour objet un départ massif en Palestine et la propagande
sioniste organisée.
Car qu'on en juge, les préjugés racistes des sionistes étaient aussi fort que
ceux des Européens contre les juifs.
Ainsi Jabotinsky, leader du groupe armé sioniste Irgun,
déclarait : « Nous, juifs, Dieu merci, n'avons rien à voir avec l'Orient. Les
arabes et les musulmans sont une horde hurlante, vêtue de guenilles dépenaillées
et sales. » Les plus racistes comme Stern : « Les arabes palestiniens sont des
animaux du désert, non un peuple légitime, ils ne sont pas une nation mais une
taupe qui a grandi dans l'étendue du désert éternel. Ce ne sont que des
assassins. »
Pour se donner bonne conscience face aux crimes atroces commis par les
nazis, mais aussi et surtout pour préserver leurs intérêts coloniaux, les
puissances impérialistes vont décider d'un partage de la Palestine en
octroyant aux sionistes un secteur représentant 56 % des terres de la
Palestine avec 500 000 juifs et 500 000 arabes palestiniens. Le secteur
palestinien représente 43% du territoire avec 700 000 arabes palestiniens
et 10 000 juifs ; Jérusalem est internationalisée avec 100 000 juifs et
105 000 arabes palestiniens.
Mais ce n'est pas suffisant pour les sionistes qui veulent « toute » la
Palestine.
Weitz, responsable du Fonds national juif déclare : « Entre nous, il doit
être clair qu'il n'y a pas place pour les deux peuples dans ce pays. Il n'existe pas
d'autre moyen que de déplacer les arabes dans les pays voisins, tous les arabes.
Tous doivent prendre la direction de la Syrie et de l'Irak, et même de la
Transjordanie. »
Et c'est ce que les sionistes firent en 1948, il y a 60 ans cette année.
A travers un plan militaire précisément établi, ils pratiquèrent une
politique de terreur dans la partie du territoire que l'ONU avait laissé
aux Palestiniens. Ce plan, le plan Dalet, consistait à des massacres de
civils dans des villages ciblés, afin de créer la panique et l'exode des
populations civiles.
Ce plan militaire du haut commandement militaire sioniste a pour but
de faire de la création d'Israël, un fait accompli. Il expose au jour le jour
les opérations nécessaires :
- Prendre la ville d'Haïfa le 21/04 et disperser sa population
- Détruire les villages arabes près de Jaffa le 27/04
- Epurer la Galilée le 28/04
- Détruire les villages arabes entre Tibériade et la Galilée le 03/05
- Occuper Beisan le 11/05
- Détruire les villages arabes du Néguev le 12/05
- Occuper Saint Jean d'Acre et épurer l'ouest de la Galilée le 14/05
- Occuper les quartiers arabes de Jérusalem le 14/05
En 3 phases d'attaques, les bandes armées sionistes rasent les villages et
expulsent la population palestinienne. Du 25/12/47 au 15/05/48, 213 villes
et villages sont détruits, 400 000 réfugiés sont sur les routes de l'exil. Du
16/05/48 au 11/06/48, 78 villes et villages sont détruits, 86 000 réfugiés ;
du 08/07/48 au 18/07/48, 82 villes et villages détruits, 114 000 réfugiés ; du
15/10/48 au 06/01/49, 98 villes et villages détruits, 124 000 réfugiés.
Les sionistes entretiennent le mensonge comme quoi les Palestiniens
auraient fui leurs villes et villages délibérément à cause des rumeurs de
massacres. Mais les massacres furent une réalité.
Les bandes sionistes tuèrent ainsi 250 civils à Deir Yassin, 400 à Lydda,
250 à Tantoura, 70 à ayn Zeytoun, 80 à Houla…et nous pourrions
prolonger la liste. Des milliers de Palestiniens furent ainsi assassinés de
sang froid et des centaines de milliers d'autres furent jetés hors de leur
pays. 80% des réfugiés palestiniens de 1948 disent avoir été contraints à
l'exil soit par des attaques armées, soit par des expulsions forcées de
leurs villes et villages, seuls 20% rendent responsables la peur, les
rumeurs ou bien l'influence des attaques voisines.
On comprend mieux pourquoi il s'agit d'une catastrophe aux yeux des
Palestiniens quand on fait le bilan de l'année 1948.
Plus de 800 000 Palestiniens furent expulsés de leurs 531 villes et villages
faisant d'eux des réfugiés. Les sionistes se sont emparés de 78% au total
des terres de la Palestine historique. Et le monde entier….reconnaît alors
la création de l'entité sioniste « Israël ». Et cette année, les médias
occidentaux n'ont pas eu de mots assez ronflants pour commémorer
cette création sur le sang des Palestiniens. Tous les médias se sont lancés
dans des explications vaseuses autour de la légende des « pionniers
juifs », rescapés des camps qui n'avaient nulle part où aller et
construisirent leur paradis « Israël ».
Pour les Palestiniens, c'est l'Enfer qui s'est abattu sur eux en cette année
1948, et cet enfer continue.
5 millions de réfugiés aujourd'hui vivent hors de Palestine, en Syrie, en
Jordanie, au Liban. Le droit au retour leur est nié alors qu'il est la seule
solution face à l'injustice historique dont ils ont été les victimes. Quatre
change.
Vers qui devraient-ils se tourner pour que justice leur soit rendue ?
Vers l'ONU, la communauté internationale ? Mais c'est l'ONU qui a
entériné le partage de la Palestine, reconnu Israël après que les sionistes
eurent massacrés et chassés les civils hors de Palestine. L'ONU a voté des
résolutions exprimant son souhait de voir les réfugiés palestiniens
retourner en Palestine diront certains. C'est vrai, mais elles n'ont jamais
été appliquées et en plus l'ONU a créé un organisme chargé de gérer la
misère dans les camps, l'UNRWA. On voit bien la réalité des voeux pieux
de la communauté internationale : nous voudrions bien que vous
puissiez retourner mais en attendant nous organisons pour vous
l'assistanat et nous vous réduisons à un peuple de mendiants enfermé
dans ces camps.
Au Liban, il existe 12 camps de réfugiés palestiniens. Les habitants de ces
camps n'ont pas le droit d'étendre la surface au sol des habitations
malgré l'augmentation de la population. Tout doit être construit en
hauteur sur la même surface initialement octroyée par l'UNRWA. Les
réfugiés font l'objet d'ostracisme de la part des autorités libanaises qui
leur interdisent de pratiquer près de 70 métiers qualifiés. Tous les mois
l'UNRWA distribue des enveloppes avec de l'argent en liquide en
fonction de la taille de la famille mais aussi en fonction du degré de
soumission des gens, de leur appartenance politique. Ainsi, les plus
réticents, les plus résistants face à cette situation de mendicité se voient
allouer des sommes inférieures. L'UNRWA développe ainsi un
clientélisme et une bureaucratie haïe des Palestiniens des camps de
réfugiés. Le but déclaré de l'ONU et de la communauté internationale est
de maintenir le statu quo jusqu'à épuisement de la volonté des réfugiés
de retourner un jour en Palestine.
Les Palestiniens ne doivent compter que sur leur propre force, sur leur
résistance à tous les niveaux contre cette entreprise qui veut les
maintenir hors de leur terre.
La revendication du droit au retour des réfugiés en Palestine est centrale.
Les dirigeants sionistes ne s'y trompent pas et Shimon Perès, ex-premier
ministre et leader du parti travailliste, considère cette revendication
comme « une revendication extrémiste inacceptable qui anéantirait le caractère
national d'Israël. »
En effet, le droit au retour des millions de Palestiniens réfugiés en
Palestine est une question de justice historique et elle implique un
changement démographique d'ampleur. Elle pose la question d'un seul
état pour les deux peuples, une Palestine, libre, démocratique et laïque
où tous les citoyens quelle que soit leur confession ou leur culture
vivraient à égalité. C'est cette égalité que les sionistes craignent plus que
tout car elle remet en cause la notion raciste d'un « état juif pour les seuls
juifs ».
Dès lors que ni les sionistes, ni l'ONU et la communauté internationale
ne veulent accepter cette solution, c'est qu'il faudra l'imposer.
C'est pourquoi, les Palestiniens des camps de réfugiés se sont autoorganisés
dans de nombreuses structures qui sont autant de formes de
résistance contre l'oubli et la soumission.
Avant toute chose, ils ont besoin que nous les soutenions dans leurs
propres projets de résistance. L'un de ces projets est l'éducation pour que
la société palestinienne forme la future génération qui construira une
société palestinienne libre, démocratique et laïque.
Qui mieux que nous, travailleurs, jeunes, chômeurs et précaires, pouvons
comprendre que l'éducation est une arme contre l'injustice et les
puissants ?
Il y a quatre ans avec quelques camarades présents ici ce soir, nous avons
décidé de nous lancer dans un travail de solidarité concrète avec les
réfugiés palestiniens au Liban. Il s'agit pour nous qu'ici en France, des
travailleurs, des jeunes, des précaires s'investissent dans une solidarité
active avec l'éducation populaire palestinienne. Cela veut dire l'aider à
agir au quotidien mais aussi à faire connaître l'histoire de ce peuple qui a
subi l'injustice, à défendre son droit légitime au retour.
Notre association est le comité en France de la Fondation Culturelle
Ghassan Kanafani (Mouassasat Ghassan Kanafani Takafiyah) qui gère
dans les camps de réfugiés du Liban des structures scolaires, culturelles
et éducatives pour les enfants et les adolescents. Elle porte le nom de
Ghassan Kanafani, écrivain, journaliste et porte-parole du Front
Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), assassiné par les agents
israéliens à Beyrouth, au Liban, en 1972. Toute sa courte vie, puisqu'il a
été assassiné à 36 ans, il n'a cessé de lutter contre la condition de réfugiés
faite à son peuple, il n'a cessé de vouloir bâtir un futur meilleur pour les
nouvelles générations.
Nous vous invitons à nous rejoindre ou à nous aider dans nos efforts
pour faire vivre la résistance des palestiniens et leur droit au retour.
Ghassan Kanafani était un révolutionnaire, un marxiste, il envisageait le
futur dans une perspective progressiste., Pour finir mon allocution je
vous citerais un extrait d'une de ses nouvelles « Umm Saad » :
« Elle ouvrit ses mains. Sur les paumes racornies, les blessures figuraient des
ruisseaux à sec. Une odeur particulière se dégageait de ses mains…l'odeur de la
résistance quand elle est chair et sang. Et Umm Saad dit : ça partira avec le
temps, l'usure des jours, la crasse des parterres, la rouille des vaisselles, les eaux sales, les ordures à vider….Oui petit, toutes ces cicatrices vont disparaître
décapées par la fatigue, par les palpitations de mon coeur essoufflé, par la chaude sueur de mes mains quand je pétris la pâte pour le pain des enfants. Je sais que les années d'esclavage qui m'attendent vont recouvrir tout ça d'une épaisse cuirasse, mais je sais aussi que dessous je sentirai encore la brûlure ; ça aussi je le sais.»

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