Les troupes israéliennes infligent des sévices aux enfants
"Un ex-commandant de l’armée israélienne a déclaré à la BBC que des jeunes Palestiniens subissaient régulièrement des mauvais traitements de la part des soldats israéliens durant leur détention," écrit Katya Adler, de la BBC, depuis Jérusalem et la Cisjordanie.

Israël a arrêté 9 000 Palestiniens l’année dernière, dont 700 enfants.
« Vous prenez l’enfant, vous lui bandez les yeux, vous lui mettez les menottes, il tremble vraiment... quelquefois, vous lui attachez les jambes aussi. Ca peut parfois lui couper la circulation.
« Il
ne comprend pas un mot de ce qui se passe autour de lui. Il ne sait pas
ce que vous allez faire de lui. Il sait juste que nous sommes des
soldats, avec des fusils. Que nous tuons les gens. Peut-être que les
gosses pensent alors que nous allons les tuer.
« Très
souvent, ils font pipi dans leurs pantalons, simplement en se tenant
là, ils pissent dans leurs pantalons, en pleurant. Mais habituellement,
ils restent très calmes. »
Eran Efrati est un ancien commandant de l’armée israélienne. Il a servi en Cisjordanie occupée.
Dans
un parc discret de Jérusalem, nous nous sommes rencontrés pour discuter
des allégations portées contre les soldats, comme lui, qui auraient
fréquemment maltraité des mineurs palestiniens, soupçonnés de leur
avoir jeté des pierres.
Mr Efrati - qui a quitté l’armée il y a cinq mois - me dit que ces allégations sont vraies :
« Je
n’ai jamais arrêté un jeune de moins de 9 ou 10 ans, à 14, 13, ou 11
ans, pour moi ce sont encore des gosses. Pourtant, ils sont arrêtés
comme des adultes.
« Chaque
soldat qui est allé dans les territoires occupés peut vous raconter la
même histoire. Les premiers mois après que j’ai quitté l’armée, je
rêvais tout le temps de ces gosses. Des enfants juifs. Des enfants
arabes. Qui poussaient des hurlements.
«
Peut-être [que l’enfant a] les yeux bandés pour qu’il ne voit pas la
base et la façon dont nous agissons... mais je crois que si nous lui
mettons un bandeau c’est sans doute parce que nous ne voulons pas voir
ses yeux. Vous ne voulez pas qu’il vous regarde - vous savez, qu’il
nous demande d’arrêter, ou qu’il pleure devant nous. C’est beaucoup
plus facile si nous ne voyons pas ses yeux.
« Quand
l’enfant est arrivé à la base, ça je ne l’ai pas fait, mais personne ne
pense à lui comme à un enfant ; vous savez, s’il y a quelqu’un avec un
bandeau sur les yeux et les menottes, c’est qu’il a probablement fait
quelque chose de vraiment mal. Alors pas de problème pour le gifler,
pas de problème pour lui cracher dessus, pas de problème pour lui
balancer parfois des coups de pieds. Ca n’a pas vraiment d’importance. »
Les
jeunes Palestiniens sont la plupart du temps arrêtés pour des jets de
pierres sur les colons juifs ou les soldats israéliens.
C’est,
disent-ils, leur seul moyen pour évacuer leur colère contre
l’occupation militaire par Israël de leur terre, la Cisjordanie.
Chaque
semaine, dans le village de Bil’in en Cisjordanie, une manifestation
est organisée par des Palestiniens contre le mur d’Israël en
Cisjordanie.
Israël dit que ce mur est
nécessaire pour arrêter les attaques contre ses citoyens. Les
Palestiniens disent que c’est un vol de leur terre.
Des soldats israéliens surveillent la manifestation depuis l’autre côté de la barrière.
Arrestations nocturnes
Lors
d’une récente manifestation, j’ai vu une bande de garçons palestiniens
qui filaient entre les oliviers, ramassant des cailloux et des rochers
pour les lancer sur les soldats.
Certains
avaient des lance-pierres. Beaucoup portaient un foulard ou un châle
[keffieh] enroulé autour de leur visage pour cacher leur identité.
Les
soldats ont réagi avec des grenades lacrymogènes et des
assourdissantes. Parfois, ils utilisent aussi des balles d’acier
recouvertes de caoutchouc.
Souvent, après un incident comme celui-ci, les soldats israéliens lancent un raid sur un village de Cisjordanie.
Généralement, dans le milieu de la nuit. Les arrestations peuvent être brutales.
« Les
visages des soldats étaient peints quand ils sont venus pour lui.
C’était effrayant. Tous ces soldats pour un garçon. Ils ont placé des
poids en acier sur son dos dans la jeep, ils l’ont frappé pendant tout
le chemin vers la prison. Il n’a pas pu se lever pendant une semaine. »
Le
fils de Mohammad Ballasi, qui a 15 ans et s’appelle aussi Mohammad, a
été arrêté par les soldats israéliens pour avoir jeté des pierres.
Nous
avons rencontré le père et son épouse, juste à l’extérieur de la base
militaire israélienne, en Cisjordanie. Les jeunes Palestiniens sont
jugés par des tribunaux militaires.
Pour les
tribunaux, sont considérés comme mineurs les Palestiniens âgés de 16
ans et moins. Pour les tribunaux civils en Israël, on est mineur en
dessous de 18 ans.
La première fois que les
parents de Mohammed l’ont vu après son arrestation, deux semaines
auparavant, c’était à son procès. Il a plaidé coupable.
« Quand vous avez été frappé comme ça, vous pouvez dénoncer votre propre mère, » dit Suad Ballasi, retenant ses larmes.
«
C’est un enfant. Ses copains jouent dans le rue et lui il est menotté.
Je ne pouvais m’arrêter de pleurer au tribunal. Je sentais comme si mon
cœur allait exploser. »
L’Organisation des droits de l’homme pour la Défense des enfants - International (DCI
(Palestine) a rédigé un rapport accusant l’armée israélienne de ce qui
est décrit comme des mauvais traitements et des tortures, systématiques
et institutionnalisées, contre les enfants palestiniens par les
autorités israéliennes.
Gerard Horton est avocat international pour DCI. Il dit que l’histoire de Mohammad Ballasi est coutumière.
« Nous
entendons ces récits encore et encore. Israël est signataire de la
Convention des Nations unies contre la torture. Il est aussi signataire
de la Convention des Nations unies sur les droits de l’enfant - et
selon le droit international coutumier, il n’est pas permis d’infliger
des mauvais traitements et des tortures, en particulier aux enfants qui
sont évidemment plus vulnérables que les adultes. »
Il m’a dit qu’Israël avait arrêté 9 000 Palestiniens l’année dernière. 700 d’entre eux étaient des enfants.
Pour Mr Horton, les tribunaux militaires ont besoin de traiter les affaires rapidement.
DCI estime que le système est conçu de sorte qu’il est dans l’intérêt de l’adulte ou de l’enfant de plaider coupable.
Selon
Gerard Horton, la tendance est que les Palestiniens se retrouvent plus
longtemps en prison s’ils essaient de défendre leur affaire.
Mohammad Khawaja venait d’avoir 13 ans quand il a été arrêté.
« Ils m’ont tiré de mon domicile par la peau du cou. Plus je pleurais, plus ils m’étouffaient, » dit-il.
«
Ma maman hurlait. Ils m’ont tiré par le ventre. Mes genoux saignaient.
Ils m’ont frappé avec leurs armes et donné des coups de pieds jusqu’à
leur jeep.
« Ils m’ont
menotté les mains et les jambes, bandé les yeux et ils m’ont laissé là
pendant 24 heures. Je croyais que j’allais mourir.
« Plus
tard, les interrogateurs ont voulu me faire parler sur d’autres
personnes. Je ne l’ai pas fait. Ils m’ont frappé avec des chaises en
plastique. Ils m’ont dit de signer un papier écrit en hébreu. Je ne
sais pas lire ni parler l’hébreu. Et parce que j’ai signé, ils m’ont
mis en prison. »
L’armée israélienne nie
toute allégation selon laquelle les sévices contre des jeunes
Palestiniens seraient habituels, mais l’armée dit qu’elle doit se
prémunir contre les enfants palestiniens impliqués dans ce qu’elle
décrit comme des « actes de terrorisme ».
Cauchemars
La lieutenante-colonelle Avital Leibowitz est porte-parole pour l’armée israélienne.
« Même
s’il s’agit d’un pierre ou d’un cocktail Molotov, ce sont des armes
meurtrières. Peu importe qui le fait, ce sont des armes meurtrières, » dit-elle.
« Presque
chaque semaine, nous trouvons un jeune de 14 ou 15 ans qui porte sur
son corps une ceinture d’explosifs ou une grenade, à l’un ou l’autre
des passages [frontaliers].
« C’est
la situation que nous vivons, et étant donné que nous assurons notre
propre défense et que nous voulons punir ces terroristes, nous n’avons
pas le choix, il nous faut les trouver, les punir - et espérer que nous
n’en reviendrons pas là. »
Mohammad Khawaja n’a plus bien dormi depuis que les soldats sont venus. Il dit que les cauchemars ne vont pas le quitter.
Les
groupes pour les droits humains appellent la communauté internationale
à lancer des enquêtes sur ce qu’ils appellent les violations par Israël
des droits des enfants.
BBC - DCI - traduction : JPP
http://www.info-palestine.net

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